EDITORIAL / L’opinion 29.30/04/2006 : La place du médecin dans la prévention des accidents de la route
Au Maroc, depuis plus de 25 ans, des articles de presse, attirent l’attention sur des problématiques de Santé, qui sont aujourd'hui, toujours d’actualité
Des articles d’information, qui tirent la sonnette d’alarme, pour attirer l’attention sur des problématiques graves de la santé au Maroc, ont été publié par Dr Anwar CHERKAOUI, dés le début des années 90 et vu que sur certains aspects, les situations n’ont pas beaucoup évolué, le site www.sante21.ma, prend l’engagement de les republier, avec l’autorisation de l’auteur, afin de dénoncer des situations dramatiques, qui n’ont fait que s’empirer depuis plus d’un quart de siècle. Le premier de cette série d’articles, traite de la place du médecin dans la prévention des accidents de la route, publié sur les colonnes de l’Opinion, dans l’édition du 29/30 avril 2006.
La rédaction de www.sante21.ma

LA PLACE DU MÉDECIN DANS LA PRÉVENTION DES ACCIDENTS DE LA ROUTE
Par Dr Anwar CHERKAOUI
L’opinion : 29.30/04/2006
Quelle part accorder à l'état de santé du conducteur et par là au médecin dans la prévention des Accidents de la voie publique (AVP) ? Trois raisons président à l'implication du médecin dans toute démarche qui vise la réduction des AVP, éthique déontologie et législative
Devant la recrudescence du nombre d'accident de la voie publique, la part de l'état de santé du conducteur ne doit plus être méconnue. De fait, l'implication du médecin dans la prévention de ces accidents s'impose.
Selon la direction de route et de la circulation, les accidents de la voie publique (AVP) ont entraîné en 20 ans, pas moins de 56 000 morts et 688 000 blessés, avec un rythme annuel moyen supérieur à 3,9 % entre 1990 et 1999.11s sont ainsi à l'origine d'une hécatombe de 3000 morts par an.
Malgré les campagnes annuelles de sécurité routière, certains facteurs comme la vitesse, le non-respect du code de la route, la corruption, le manque de civisme et de repos (d'où le débat hélas avorté sur le mouchard) sont encore incriminés dans leur survenue.
Face à cette problématique à multiples facteurs, quelle part accorder à l'état de santé du conducteur et par là au médecin dans la prévention des AVP ?
De prime abord, il importe de signaler que le médecin n'est pas impliqué dans ces campagnes de prévention alors qu'il est un acteur classique en aval de ces accidents (soins hospitaliers, rééducation, évaluation des incapacités de travail...).
Au moment où l'expertise du véhicule accidenté réalise des examens attentifs et précis (sans parler de la très critiquable visite technique annelle pour les véhicules de plus de 5 ans), aucune attention n'est portée notamment à l'âge du conducteur et aux médicaments pris par celui-ci. Le commentaire qui revient constamment est « il a perdu le contrôle de son véhicule ».
Dans ce sens, on ignore par exemple l'incidence des malaises (syncopes, épilepsies, trouble du sommeil,..) dans la fréquence des AVP alors qu'aux USA et d'une manière moindre en France, le trouble de la vigilance sont étudiés. Au Maroc, c'est la politique de l'autruche qui règne à cause du problème « contrariant » de l'alcool.
En l'absence de données statistiques, il est évident que les causes des AVP, en particulier d'ordre médical, continueront d'être méconnues et qu'une liste exhaustive des pathologies capables, d'altérer les facultés de conduite de l'automobiliste ne pourra être établie.
Pourquoi impliquer le médecin ?
Les raisons qui président à l'implication du médecin dans cette démarche qui vise la réduction des AVP, sont au nombre de trois.
La première relève de l'éthique. La morale civique ou religieuse nous oblige à sauvegarder la vie humaine. Le médecin se doit de contre indiquer la conduite en présence d'un danger.
La deuxième est déontologique. Les articles 2 et 3 du code déontologique stipulent que le médecin est au service de la santé de toute la population (santé donc publique) et que son concours est à la disposition des autorités compétentes, en vue de la protection de la santé. Or les AVP constituent pour celle-ci une véritable menace.
La troisième et dernière raison est législative. En effet, le code de la route marocaine fait allusion à certains troubles de la vigilance ou de la vision que le médecin doit mieux connaître et dont les conséquences doivent être mieux expliquées au malade. Toutefois, des précisions méritent d'être introduites dans ce cadre. La jurisprudence, à son tour, impose au médecin la nécessité d'informer son patient. Enfin, la mise en danger de la vie d'autrui est de toute évidence interdite par la loi. Partant, il suffit de faire le lien entre l'état maladif et l'accident pour que le médecin soit incriminé de mettre en danger la vie d'autrui.
Quel médecin impliquer ? Le médecin traitant
Sa responsabilité est surtout morale actuellement, il doit évaluer les risques encourus par son patient. Elle est également éthique puisque ses décisions visent à protéger le patient et sa famille et légale car il peut y avoir une mise en danger directe ou indirecte de la vie des autres.
Au Maroc, certes il n'y a pas de cas de jurisprudence, mais le devoir d'information du patient sur les effets de la maladie et ses risques imposent le recours à un message simple et proportionné. En France par exemple et depuis le 25 février 1997, c'est au médecin en cas de contentieux-d ‘apporter la preuve qu'il a informé son patient des risques qu'il aurait à courir avant l'accident : La charge de la preuve a été inversée.
Qu'en sera-t-il au Maroc, pays qui aspire à la construction d'un état de droit? En attendant, mieux vaut tout consigner sur le dossier médical...





